Atteindre le sommet avant l’aube.
Le vent me glace les os. Mes pieds nus dérapent sur les pierres de la Roya.

Depuis combien d’heures suis-je là, à me débattre pour avancer dans cette nuit sans lune ?
Je marche sans me retourner, laissant la terreur de Boko Haram et Vintimille dans mon sillage.
J’ai perdu mon frère, en Italie.
Renvoyé au Pays : lui, il n’est pas mineur aux yeux de leur loi.

Voilà la cime.
Pendant un instant, je reste immobile.
Un nuage s’évanouit et découvre un ciel d’une pureté absolue.

La Vallée Rebelle s’étire à perte de vue. Je contemple alors l’òsùpá, cette nouvelle lune,
pour la première fois. Si différente de celle de ma terre natale.

Au loin, une lumière. Un foyer. Contre ma poitrine, mon cœur cogne. Contre ma peau,
je sens la fraicheur d’acier de ma croix : serait-ce le visage du Salut ?

Je dois retrouver l’homme dont on parle dans les montagnes.
Celui qui accueille les gens de « couleur », en exil comme moi.

Si je disparais, ô mon Peuple, retiens mon nom.
Je suis Afiba, et je prie pour que la solidarité se hisse au-dessus des frontières