Mais comment fait-il, ce voisin ou cette sœur, cet ami, pour passer 4h par jour à tricoter ??? Et surtout, pour ne jamais en être lassé… bien au contraire, il rayonne dès qu’il touche ses aiguilles ! Moi aussi, j’aimerais savoir ce que c’est, de vibrer pour une passion. Mais j’ai l’impression que rien ne me fait cet effet-là… En tous cas, que je ne suis pas dingue à ce point des activités que j’entreprends. Alors, comment faire si ce manque de « passion » nous inquiète ? Est-ce normal ? Comment stimuler ses centres d’intérêt ?


Sommaire :
Qu’est-ce que la passion ?
L’impératif culturel de la passion ultime
Pourquoi nous arrive-t-il de voguer d’une passion à l’autre ?
Comment se découvrir une passion, et comment l’alimenter ?

Passion danger ou plaisir

Qu’est-ce que la passion ?

Étymologie du mot passion : passion vient du mot latin passio, qui signifie « action de supporter, souffrance, maladie, indisposition, ‘passion‘, affection, perturbation, morale, accident, passivité ».

Au niveau sémantique et historique, la définition de la passion est donc la suivante : « le résultat de l’action de souffrir ». Étonnant, car dans le langage courant, on n’associe pas forcément passion à tourment. Et oui, c’est aussi pour ça que l’on parle de la « Passion du Christ. »

Dans le domaine des sentiments, la passion peut aussi se caractériser par : un « intérêt intense et exclusif porté à un seul objet (personne, activité, objet…) entraînant la diminution ou la perte du sens moral, de l’esprit critique, et pouvant provoquer une rupture de l’équilibre psychique. » Génial.

Si cette définition s’enracine dans un fondement de vérité, comme dans de nombreuses relations amoureuses naissantes et déstabilisantes, on élargit aujourd’hui la notion de passion à notre façon de concentrer intensément notre énergie sur une activité, sur une personne… pendant une période plus ou moins longue.

Or, on observe souvent que la passion, bien qu’intrinsèquement mystérieuse et « dangereuse », donne envie à plus d’une personne. Pourquoi ? Car elle semble nous donner le sentiment profond d’être vivant. De vibrer pour quelque chose. Alors, comment apporter plus de passion dans nos vies, sans nous perdre nous-même ? Et que faire lorsqu’on a l’impression de ne vibrer pour rien ?

L’impératif culturel de la passion « ultime »

A partir de cette définition, on peut logiquement penser qu’une passion harmonieuse, qui ne nous dévore pas, est plus sensée. Celle-ci se transforme alors en un plaisir intense de « réaliser », de créer, tout en gardant un contact sain avec le monde extérieur.

La société valorise les personnes intenses

Or, ce raisonnement d’une passion « raisonnable » n’est pas toujours ce que la société met en avant. Selon le psychanaliste Eric Bénevaut, celle-ci valorise la passion absolue, quitte à en faire un peu trop parfois. Elle met en valeur les « self-made » man or woman, les personnes qui lâchent tout pour vivre d’une passion ou qui trouvent leur « raison de vivre », les sportifs de haut niveau… en bref, les gens qui savent aller « au bout des choses », en s’investissant à corps perdu.  Et cela se comprend : ces personnes semblent animées par une force « intérieure» immense ! Ils sont si déterminés.

Ce doit être génial, quand on vit soi-même cette intense réalisation de soi. Mais en parallèle, des personnes qui ne connaissent pas cette motivation intense, peuvent finir par culpabiliser et se sentir désanimées.
Passion absolue
Passion et système éducatif

Selon Terri Trespicio, écrivaine américaine, cette croyance commune de la passion unique est assez culpabilisante. On en vient à penser qu’il existe une passion « ultime » faite pour nous, et qu’on est censés la poursuivre toute notre vie, en occultant tout le reste. « Your job is to find it ».

En suivant ce raisonnement, si tu trouves cette passion, tout ira bien. Si tu ne la trouves pas… que se passe-t-il ? À priori, tu seras dans l’autre case : celle des gens plus banals. Tu ne connaîtras pas l’état de grâce des mono-passionnés, de ton voisin qui joue du violon à la perfection !

On nous apprend à nous spécialiser très tôt

Le piège de la « mission-passion de vie » commence jeune : on nous demande ce que l’on veut faire plus tard, ce qui nous anime, ce que l’on va entreprendre après avoir validé notre diplôme… Rien de bien « grave » à cela, sauf qu’on peut avoir l’impression d’être complètement à côté de la plaque si rien ne nous vient à l’esprit !

On peut aussi avoir l’impression qu’il faut choisir très tôt une spécialisation pour la vie. Or, nous ne savons pas toujours ce que nous sommes « censés » faire.
Ou bien même, on peut être tellement occupé(e) à chercher SA passion, qu’on manque de grandes opportunités. Là où on ne pensait jamais s’investir. Par peur de faire le mauvais choix de carrière, certaines personnes vont ne pas s’intéresser à des emplois intéressants. Cela résonne avec la notion de « paradoxe du choix ». Ainsi… il nous arrive de nous mettre en quête de la passion faite pour nous.

Pourquoi nous arrive-t-il de voguer d’une passion à l’autre ?

Vous avez 7 ans, et grâce aux bons conseils de maman ou papa, ça y est, vous savez flotter tout seul dans l’eau du lac des Bariousses.

A 15 ans, vous faîtes votre premier aller-retour en crawl, de la plage à l’île d’en face.

Et là, PAF, éclair de génie, don du ciel : vous le savez au fond de vous, vous allez devenir nageur olympique. C’est tout vu : la sensation de l’eau sur votre peau, votre forme physique au top, la beauté des rayons du soleil sur la surface, l’effet anti-cellulite et l’impression de faire du sport sans transpirer… c’est PAR-FAIT pour vous.

Sauf qu’en réalité, vous allez acheter un petit carnet de 10 séances à la piscine municipale, pour finalement y aller…. 4 fois dans l’année. Par flemme.

Et voilà. Bravo le nageur olympien.

Vous aussi, vous avez vécu la même chose ? Suite à votre rencontre avec la photographie, la cuisine… Autant d’exemples de passions qui ont fané en 3 jours.

Mais pourquoi abandonne-t-on si vite ???

1. On cherche ce qui façonnera notre identité

Qu’on soit enfant ou adulte, le fait de vaquer d’une passion naissante à une autre est souvent relié à notre quête d’identité. Nous sommes dans l’incapacité à nous fixer sur quelque chose, pour de bon. Pourquoi ?

Premièrement, parce qu’on peut y avoir un sentiment persistant que ce sera mieux ailleurs, ce qui génère une insatisfaction permanente (bonjour Tinder).

Deuxièmement, parce que nos sociétés valorisent beaucoup les cheminements identitaires. Avec ce goût de se remettre en question, de se redécouvrir en permanence et de faire des expériences… Je teste une activité, pour « voir ce que ça me fait ». Pourquoi pas, tant que cela ne nous obsède pas !!!  Selon Isabelle Olry-Louis, professeure en psychologie, « notre société individualiste somme d’être les entrepreneurs de sa propre vie. Être attentif, rectifier le tir, prendre des décisions… Cette mécanique occupe beaucoup l’esprit parce qu’elle réactive sans cesse des questions sur soi. »

Qui n’a jamais entendu qu’il fallait devenir la « meilleure version de soi-même » ??? Dans cette perpétuelle quête de perfection, on a intérêt à choisir la « bonne » passion… sinon, on s’enferme dans la médiocrité à vie !!! Mais, d’après Léo le fondateur de Actualized.org, cela n’a rien à voir. En fait, pour qu’une passion s’installe sur le long terme, il faut réussir à la domestiquer, qu’elle soit compatible avec une vie « ordinaire ».

On a finalement 2 options : s’investir durablement dans une activité que l’on aime, ou accepter de faire des sauts de puce d’une activité à une autre, car il n’y a pas non plus de problème à ça.

2. Nous sommes des multi-passionnés

« Je change toujours de passion… c’est grave » ? Et si finalement, vous n’étiez pas fait(e) pour UNE activité, mais pour goûter à de nombreuses choses, sans vous spécialiser ?

Emilie Wapnick est auteure, coach, blogueuse, artiste, animatrice de communauté… et croit fermement en l’existence de multi-passionnés. Qu’elle nomme « multipotentiels ».

Le « problème » pour ce type de personnalité n’est pas le manque d’intérêt, c’est le surplus d’intérêt !!!

Sans reconnaître leur multiples potentiels, ils explorent de nouvelles activités, plongent dans l’une d’elle en pensant que c’est LA bonne… mais finissent par s’ennuyer. Ce qui leur cause de l’anxiété. Ils peuvent avoir l’impression que quelque chose ne va pas, qu’ils ne trouvent pas leur raison de vivre.

Cette anxiété vient du fait qu’on nous a inculqué très tôt qu’il était impossible d’avoir plusieurs vocations. Le mignon « tu veux faire quoi quand tu seras plus grand » devient l’inquiétant « quel métier tu veux faire après tes études ? ». Si vous répondez que vous voulez être psychologue, luthier, ingénieur et enseignant… on vous rira au nez. Alors que bien sûr, ces parcours existent !!! Mais on n’en parle pas aux enfants.

Pour Emilie, ces personnalités sont des multipotentialistes. Et ils possèdent 3 avantages :

  • Une forte capacité à combiner différents domaines de connaissances. Un excellent terreau pour l’innovation. Tu crois qu’Einstein était juste un scientifique ? Il nourrissait également un intérêt pour la politique, les religions, la philosophie, le végétarisme…
  • Une absence de peur à l’idée de tester une nouvelle activité : ils sont habitués à s’intéresser à de nouvelles choses. On peut toujours appliquer des connaissances à un autre domaine, il n’y a pas de perte de temps.
  • L’adaptabilité. On peut facilement se transformer selon le contexte. Un avantage qui peut être considérable dans une situation économique instable.
Selon Emilie, les meilleures équipes sont composées de multipotentialistes et de spécialistes. Les multipotentialistes apportent de l’ampleur au projet, les spécialistes sont précis et permettent de mettre en œuvre les idées. Un duo gagnant.
Multi-potentiel

Comment se découvrir une passion, et comment l’alimenter ?

Vous avez néanmoins l’impression de ne pas avoir de passion, vous en souffrez et voulez trouver une activité qui vous fera vibrer ? De façon constructive et créatrice ? Voici quelques conseils glanés à droite à gauche pour alimenter votre passion et savoir par où commencer.

 

  1. La passion n’est pas qu’un plan, c’est avant tout un sentiment

Selon Terri Trespicio, la passion n’est pas une activité précise : c’est un état d’esprit vibrant, un sentiment intense vis-à-vis de quelque chose ou de quelqu’un. On se plonge à corps perdu dans une passion, on oublie tout.

Tout comme les sentiments, les passions peuvent être temporaires.

Alors, rien de plus simple que d’écouter son cœur comme dirait Walt Disney, et de suivre ses aspirations. Voilà pourquoi on peut avoir de multiples passions tout au long de sa vie !!! N’écoutez pas les gens qui disent que vous êtes une girouette. C’est tout à votre honneur de vouloir découvrir de nouvelles choses ! Comme ça, on s’ennuie moins, et on reste bien plus positifs.

Soyez attentif à votre état d’esprit, et foncez vers les activités qui vous font plaisir. Repensez aux domaines d’activités que vous aimiez enfant. Même le saut à la perche.
  1. Testez et expérimentez avec légèreté

Là encore, Terri Trespicio insiste sur le fait que les centres d’intérêt ne se découvrent pas grâce à l’introspection. Contrairement à d’autres parts de notre Être.

Au contraire, un intérêt est alimenté par nos interactions avec le monde extérieur. Or, ce processus peut être désordonné et inattendu. On ne peut pas forcer un intérêt sans expérimenter !

Acceptons de faire des expériences et parfois de se tromper. En phase de découverte, nos expérimentations sont fragiles mais vibrantes. Nous ne sommes d’ailleurs pas obsédés par le fait de vouloir faire mieux, ou de vivre de cette passion. On les vit à fond, sur le moment.

En d’autres mots, même les experts les plus accomplis commencent par être des débutants insouciants.
  1. Acceptez d’être une buse, et continuez sans faire attention aux autres

En général, quand on commence une activité, on est nul, tout simplement. Nul car novice. Mais la plupart des gens sont ENCORE plus nuls dans les activités qu’ils n’aiment pas. Donc engagez-vous tout simplement dans les activités qui vous plaisent : vous finirez bien par développer votre potentiel !!! Acceptez d’être nul, au début 😉 Même un 6-pack ne tombe pas du ciel !

D’ailleurs, certains vous feront croire qu’on ne peut pas toucher à tout, qu’il faut choisir et se spécialiser pour devenir bon. Bien sûr, développer des aptitudes demande du temps et du « travail ». Mais ne vous limitez pas par peur d’être un Noob. Il faut aussi jouer et ne pas tout prendre au sérieux. Si une activité prend le dessus sur une autre, vous finirez sûrement par atteindre un excellent niveau. Dans le cas contraire, vous aurez quand même pris plaisir à la découvrir.

Vous n’avez d’ailleurs pas forcément besoin d’atteindre un niveau professionnel, ni l’estime de votre entourage. Faites-vous plaisir !

NB : Pour expérimenter, il va vous falloir aussi de l’autonomie et de l’investissement. Parfois, notre entourage limite nos élans de curiosité. Parents, professeurs, amis… peuvent permettre aux intérêts de s’enflammer ou bien de mourir dans l’œuf. Méfie-toi des rabat-joie ! 😊

 

  1. Ne recherchez pas l’authenticité à 100%, cherchez le plaisir de l’instant

J’ai vu pas mal de vidéos (dont celles de L. Gura) qui font le parallèle entre passion, mission de vie et authenticité. En gros : « c’est en faisant ce que vous aimez, et ce qui est aligné avec votre « moi » profond, que vous trouverez votre passion. »

Je trouve que ce raisonnement est dangereux : on peut en venir à ne rien faire, par peur de ne pas être authentique. On peut aussi trop se fermer à l’inconnu, à l’étranger.

Qui plus est, même si on a des indices, peut-on savoir à 100% qui l’on est ?

Ok pour rester en accord avec ses valeurs, sans aucun doute.

Pour le reste, j’aime le principe de « non-fixation » du Bouddha (dont parle si bien Alexandre Jollien). On  accepte que les choses ne soient pas forcément celles que l’on pense qu’elles sont, y compris nous-mêmes. D’où l’intérêt de tester, de s’approcher de sa vérité sans jamais vouloir totalement l’atteindre.

D’ailleurs, je ne crois pas spécialement aux missions de vie absolues. Je suis sûre qu’on peut avoir de multiples raisons de vivre : la première c’est tout simplement d’être.

 

  1. Le succès alimente la passion plus que la passion n’alimente le succès (Terri Trespicio)

Cette phrase peut en faire bondir plus d’un, mais je la trouve intéressante.

Souvent, c’est en s’investissant dans un domaine qui nous semble à minima intéressant, que l’on peut développer une passion.

En réussissant, en développant ses compétences, en gagnant parfois un salaire, on en vient à aimer ce que l’on fait. Parfois, cela plante une graine : l’entrepreneuriat par exemple. Une graine qui grandit mais que l’on ne pensait pas là auparavant. L’amour du web, des sciences, de l’associatif, de l’enseignement, de l’art…

Aussi, on découvre parfois que notre passion n’est pas forcément liée à un domaine d’activité, mais plutôt à une action. A lire aussi : trouver le verbe de sa vie.

Tu ne crées pas ta vie avant de la vivre, tu la crées en la vivant.

Plutôt que de chercher votre passion, passez votre temps et votre attention à résoudre des « problèmes » qui vous intéressent : c’est sûrement une bonne piste ! Sortez des sentiers battus, osez, sans vous demander au bout de 4 jours si vous avez trouvé ou non VOTRE passion. Seule une « répétition » d’exposition à une activité que vous aimez construira votre passion avec le temps. On a trop tendance à arrêter une activité avant de devenir assez bon pour qu’elle devienne une passion.
  1. Quand on nous demande « quelle est ta passion ? », c’est parfois provocateur

Oulala, il va falloir trouver une réponse à la fois intéressante, vraie, concise… gloups !

Pas question de parler des trucs « nazes » ! Genre « euh, j’adore les dessins animés … et le curling… ». Même si je suis sûre que le curling c’est génial.

Vous avez déjà ressenti ça ? L’impression que quelque chose cloche si vous ne répondez rien de bien concret : si vous n’avez pas de passion absolue. Vous allez penser que vous êtes inintéressants.

On n’a pas toujours la réponse « wahou » qui donnerait à notre interlocuteur l’impression que nous sommes une personne d’ambition et intéressante, avec une obsession unique et géniale.
On n’a pas toujours de mentors, de culte pour une autre personnalité ou pour une activité. On ne fait pas toujours partie d’un fan band.

En fait, on n’a pas forcément besoin de vivre à travers une passion pour être soi. 😉 Vous êtes bien plus que vos passions.

En conclusion, pour reprendre une célèbre pensée : le plus important n’est pas l’objectif, mais le chemin pour y parvenir. Cultivez votre curiosité, créez… car toute grande passion naît dans l’instant présent, pour se révéler comme telle sans doute des mois plus tard. Ne stressez pas à l’idée de devoir choisir une passion unique, vous n’en avez pas besoin.

Pour aller plus loin, je vous conseille ce très beau livre que mon chéri m’a offert : Le pouvoir du moment présent, de Eckhart Tolle. Être dans l’instant, c’est être ouvert à la surprise et aux possibilités. C’est aussi ne pas chercher à être meilleur(e) en permanence, ou ne pas céder à ses inquiétudes. Si vous apportez cette spontanéité et cette concentration dans vos activités, vous pourrez peut-être faire naître de multiples passions.


Sources :