Vous êtes vous déjà retrouvé(e) face au miroir, à vous demander : est-ce moi, cette personne ? Ce visage ? Ce corps qui me semble étranger ? Comment se sentir soi-même, dans ce corps qu’on peut parfois rejeter ? Comment réconcilier l’enveloppe charnelle et notre esprit qui semble souvent le véritable maître à bord, l’unique expression de soi ? Comment se sentir moins prisonnier(ère) des douleurs physiques ou bien de nos complexes ? Et si l’une des clés était de comprendre les relations entre corps et esprit…

 

Corps et esprit : deux vases communicants ?

Qui commande ?

« Je suis décidément incapable de résister à la bouffe, que la compagnie soit plaisante ou pénible. Dans le premier cas, je mange par entrain, dans le second par ennui, dans les deux cas je mange et bois trop, sans envie réelle de manger ou de boire. » Daniel Pennac, Journal d’un corps.

Est-ce le corps, ce tentateur, qui nous pousse à manger jusqu’à la déraison ? Ou est-ce l’esprit qui prend peur à l’idée de manquer ? Ou bien, qui cherche à combler un vide immense ? Je me suis souvent posé la question, en proie à de grandes fringales, notamment lors de périodes intenses de travail. J’aimerais pouvoir saisir les rennes et dompter ces désirs souvent insensés. Saisir les rennes et dompter le « cheval fou ».

La question de la relation entre corps et esprit a été constamment abordée dans la littérature ou en médecine.

Dans cet article [Quand l’esprit dialogue avec le corps], il est mentionné que « nous opposons le corps et l’esprit comme s’il s’agissait de deux entités distinctes, mais cette division n’a plus tellement de sens du point de vue scientifique moderne ». En effet, le système nerveux est impacté par les fluctuations hormonales ainsi que par le système immunitaire. Un déséquilibre sur l’un impacte alors les autres. Par exemple, des personnes soumises à un stress émotionnel présentent sur IRM une activité cérébrale plus élevée que la moyenne dans des zones liées à la douleur.

D’autres études ont prouvé un lien tangible entre corps et esprit. L’effet placebo, les maladies psychosomatiques, ça vous parle ? Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le médecin K. Beecher monte un protocole expérimental et étudie l’effet de la morphine et d’un placebo sur deux groupes de blessés. Le 1er groupe reçoit de la morphine, le 2nd reçoit uniquement une solution saline. Or, plus de 35% des patients « traités » avec le placebo constatent une diminution de leurs douleurs.

Relation corps et esprit

Corps et esprit : où se place mon identité ?

En parallèle, il est intéressant de se poser la question de la relation entre identité, corps et esprit. Par exemple, on peut s’interroger sur la perception des « gueules-cassées » sur leur identité, ces soldats blessés au visage pendant la guerre. A quel point une déformation majeure du visage influence-t-elle notre esprit, notre mental ?

« Car moi, le mutilé de la face, je ne vieillirai pas. La guerre m’a fait vieillard à vingt-quatre ans. Je n’ai pas eu le courage de me suicider. J’ai eu le courage de ne pas me suicider. La rancœur, l’aigreur menacent. Je fais face à l’ennemi intérieur. » Marc Dugain, La chambre des officiers.

Dans cet article [« La vie sans visage », Armand Rouleau regarde en face les Gueules cassées publié sur CultureBox], on découvre alors que le corps, plus particulièrement le visage, incarne le « principal support de l’idée que l’on se fait de soi-même, de son identité ». Par exemple, c’est sur le visage que l’on observe le plus simplement nos ressemblances avec notre fratrie ou avec nos parents. C’est un visage que l’on retient le plus pour identifier un ami, une connaissance, ou l’être aimé. Quand le visage est abîmé, c’est toute une partie de notre identité qui est ébranlée.

Au-delà du corps, l’identité est pourtant intiment liée à l’esprit, et à notre perception mentale. Par exemple, selon le philosophe John Locke, « ce qui fait d’un être une personne, c’est la conscience qu’il a de lui-même ». En somme, que nous soyons une substance matérielle, immatérielle, ou même les deux, n’est pas ce qui compte. Tout ce qui joue sur notre identité, c’est la perception que nous avons de nous-mêmes.

Relation corps et esprit

Exercices de connexion saine entre le corps et l’esprit

Donc, pour vivre mieux, que faire de plus logique que de chercher à satisfaire à la fois le corps et l’esprit ? Si tous deux sont intimement liés, ils sont donc 2 entités à chérir pour être serein. Voici quelques habitudes ou exercices pour stimuler son corps et son esprit, et les faire « travailler » en symbiose.

 

Recréer le lien entre corps et esprit en étant « aligné » avec soi-même

Lissa Rankin, Médecin spécialiste, témoigne dans cette conférence TedXFiDiWomen, et explique combien l’esprit influence la santé physique. L’un des meilleurs moyens pour calmer les douleurs physiques diagnostiquées comme bénignes (mais pourtant tenaces !) consiste à aligner vos actes avec votre esprit. Elle entend par esprit ici : ce qui vous anime, ce qui constitue votre système de valeurs. Ce que vous jugez juste et bon, et ce que vous rejetez instinctivement. Cela peut concerner : votre job, vos amitiés, votre relation amoureuse…

Pour vous aider et mieux faire connaissance avec vous-même, n’hésitez pas à écrire et à créer dans une approche d’art-thérapie. Plus d’infos dans cet article : Art thérapie : dessiner et écrire pour mieux se connaître.

Méditer régulièrement

Prenez le temps de ressentir votre corps et de dompter vos ruminations

Ressentir la pluie sur votre visage. Ressentir le poids de votre sac contre vos dos. Ressentir le vent. Ressentir la texture de vos vêtements, des draps sur votre peau le soir. Prenez le temps de ressentir.

Non, ce n’est inutile. Ce n’est pas idiot. Vous n’aurez pas l’air forcément bête, et puis, peu importe ? On ne prend pas assez le temps de ressentir. De se sentir vivre.

Les moments de méditation sont précieux pour faire le lien entre votre corps et votre esprit. La méditation, c’est se sentir vivre, tout simple. C’est s’arrêter de penser au passé ou à l’avenir, et ressentir l’instant. Par exemple, en focalisant l’esprit sur son corps, ce corps qu’on a tendance si souvent à rejeter comme un corps étranger. Il n’y a rien à savoir faire, plutôt tout à « défaire ». Il suffit juste d’être là, d’être présent. Cela demande déjà une très forte concentration : car l’esprit vagabonde sans cesse, et c’est tout à fait naturel ! Mais peut-être qu’en parfaite immobilité, en vous concentrant sur différents points d’énergie, vous atteindrez l’illumination… 🙂

Plusieurs études neuro-scientifiques ont maintenant prouvé les bénéfices de la méditation sur le corps et le stress. Les résultats sont stupéfiants : une pratique régulière de méditation agit sur l’expression des gènes, le cortex et sur le système nerveux. Découvrez plus d’informations dans cet article : La méditation validée par les neurosciences.

Méditation : exercice de connexion corps et esprit

Petit exercice simple de méditation

Arrêtez-vous un instant. Fermez les yeux. Joignez, vos doigts les uns contre les autres, uns à uns. Le bout de l’index gauche contre le bout de l’index droit, puis tous se rapprochent, peu à peu. Joignez vos mains. Concentrez-vous sur le contact. Sur vos terminaisons nerveuses, sur les picotements et les frissons qu’elles peuvent générer. Prenez une inspiration en 4 temps, doucement. Puis une longue expiration, en 8 temps, en freinant légèrement le souffle qui s’échappe des narines. Concentrez-vous sur le passage de l’air, le souffle de vie qui gonfle votre ventre et votre poitrine. Continuez pendant une dizaine de minutes, pour commencer.

Tout s'arrête parfois, quand on prend conscience de soi. De notre esprit, serein et recentré. De notre corps, qui occupe l'espace, si vide et pourtant si plein. Click To Tweet

Ou bien, marchez au dehors, lentement. Plus vous agissez lentement, plus vous créez de l’espace à votre corps et à votre esprit. Concentrez-vous cette fois sur les sons, sur le bruit de vos pas, en rythme régulier.

Taichi : connexion énergétique corps et esprit

Pratiquer un art martial énergétique comme le Taï Chi

Le taï chi chuan est un art martial chinois traditionnel, où les rythmes lents et rapides sont sans cesse alternés.

Chaque mouvement des « formes » du taichi est à investiguer avec profondeur. Intiment connectés à la respiration, vos gestes sont précis et stimulent la circulation de l’énergie vitale , que l’on appelle traditionnellement le « Chi ».

Pratiquer un art martial comme le taï chi participe au bien-être, et vous offre un moment privilégié de reconnexion entre le corps et l’esprit. Concentré(e) sur vos postures, aucune place n’est laissée disponible pour les ruminations mentales. De plus, l’entretien régulier apporte une grand souplesse, de la fluidité, mais aussi des réflexes de défense et de la puissance. Avec de l’entraînement, tout comme la méditation, le taï chi vous aidera également à mieux maîtriser vos émotions. Comme tout art martial, le taï chi n’est pas qu’une simple activité d’entretien : c’est un exercice de développement personnel en soi, où le corps et l’esprit sont intiment liés.

Pour en savoir plus, impossible de ne pas parler de mon professeur de taï chi à Rennes : Paskal Huchédé. Paskal est un excellent professeur, lui-même formé par de grands maîtres. Cliquez pour découvrir son portrait : Paskal, professeur de taichi à Rennes et de Qi Gong.


Bien sûr, chacun vit sa propre réalité. Il n’y a pas de recette magique pour se sentir bien dans sa tête, bien dans son corps. Parfois, la vie peut freiner nos élans : maladies, blessures, handicap, dépression… Mais on peut puiser de la force dans la création et dans l’exercice quotidien (qu’il soit mental, physique, ou les deux). Ainsi, corps et esprit peuvent davantage cohabiter en harmonie et se respecter. Voici une petite citation que j’aime beaucoup pour finir cet article, qui inspire une prise de recul sur la douleur et l’expérience physique.

We are not human beings having a spiritual experience; we are spiritual beings having a human experience.' | Pierre Teilhard de Chardin Click To Tweet