On m’appelle Quetzalcoatl.

Cyrano de fortune, je tire mon panache de mes yeux brillants comme l’émeraude, et non pas de ma plume.

J’ondule gracieusement entre les racines hautes des mangliers, à demi nue, en guettant le frémissement de l’eau.

« Il est à moi ».

Un bond : et me voilà sur lui. Mes mains entourent son corps lisse et soyeux. Celui-ci brille sous l’eau, chaque écaille accrochant un à un les rayons blancs émis par notre nouveau Soleil.

Je sens les chairs se déchirer sous mes canines. Son sang froid s’écoule comme du lait dans ma gorge.

Le rituel n’est achevé que lorsque je dépose les deux dernières arêtes à même le sol : l’une pointe vers le village, l’autre vers le carré d’eau qui m’offrit cette pêche fructueuse. Cette petite croix discrète échapperait à tout oeil non aguerri aux plaisir de la chasse, quasiment invisible sur le sable, qui sèche déjà dans la chaleur caribéenne.

Prise d’un élan de paresse, je me hisse lestement sur le tronc affaissé d’un palmier. Ma main enroule distraitement quelques cheveux bruns aux reflets azures.

Je contemple l’horizon sans voile.

Quel ennui, cette végétation, ces eaux pures… Même la chasse ne me procure plus aucune satisfaction : trop simple, trop répétitive.

Les récits d’indiens et les chants inuits captent mon attention.

J’ai hâte de me replonger dans leurs incantations.