Considérant l’actualité assez sombre en termes d’avancée écologique et de politique, voici un sujet – certes qui n’est pas nouveau – mais qui remet les pendules à l’heure. Il rappelle les enjeux de notre passage sur Terre et du respect à éprouver pour notre cette planète. « The overview effect », c’est cette prise de conscience que ressentent les astronautes lorsqu’ils quittent la Terre, et la contemple pour la première fois vue de l’Espace. En d’autres termes, ils glissent dans un schéma cognitif proche d’une expérience méditative, contemplative.


Rêver l’Espace pour admirer la Terre

Quand on rêve depuis tout petit de cet instant : celui où, enfin, on atteindra l’Espace. On atteindra la lune, les astres. Rien que d’entendre ces quelques mots : voyage spatial, matière noire, année-lumière… et les yeux du gamin s’illuminent, brillent de mille étoiles. Chaque astronaute a sûrement imaginé plusieurs dizaines de fois le moment où il atteindra la stratosphère et contemplera l’immensité sidérale de l’Espace.

Pourtant, le choc est là. Tous semblent en témoigner : être projeté(e) dans l’Univers qu’on a tant convoité pour finalement se retourner, et rester bouche-bée. En observant cette Terre, que l’on vient de quitter. La découvrir, dans toute sa rondeur et sa globalité. Tant d’années à rêver la lune pour finalement perdre la voix en regardant en arrière ce qu’on avait sous le nez.

Tout dépasse alors l’imagination : ils observent les côtes africaines, les pôles, la beauté des villes illuminées en pleine nuit. Les orages qui éclatent, comme s’ils étaient au-dessus d’un feu d’artifice. L’effet de rotation, le mouvement des nuages et des aurores boréales.

La Terre vue de l'Espace

Après avoir étudié l’astronomie et la cosmologie, il est drôle pour ces astronautes de comprendre que les molécules constituant leur corps, ainsi que le corps de leurs partenaires, les molécules de la cabine…sont issues d’anciennes générations d’étoiles… Comme l’écrit le brillant Hubert Reeves dans ces livres de vulgarisation scientifique : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles. »

La Terre est une planète, c’est-à-dire un système fini

Voici un mini-film émouvant réalisé en 2012, qui rappellera sûrement l’atmosphère d’Interstellar a certains… (ou l’inverse, bien sûr ! :). Il recueille les points de vue d’astronautes et leurs réactions lorsqu’ils se sont éloignés de la Terre, ainsi que la vision d’un philosophe sur le phénomène appelé « Effet de surplomb ».

 

L’expérience d’observer la Terre dans toute son immensité relève d’une expérience de lâcher prise. C’est le paradoxe de se sentir séparé physiquement de la Terre, mais indubitablement relié, connecté à cette planète bleue magnifique. Même s’ils le savaient théoriquement, cette prise de recul permet aux astronautes de réellement considérer la Terre comme une planète. Ils visualisent clairement que la Terre est un système fini, construit autour d’une certaine unité et cohérence.

L’essentiel de leur temps libre, ils le passent à contempler la Terre pendant des heures. Isolés du monde dans leur cabine spatiale, ils observent les changements de la biosphère.  L’impact esthétique est incroyable. C’est voir la Terre comme une planète, et le Soleil véritablement comme une étoile au milieu d’un espace noir et non pas comme une pastille blanche au milieu d’un ciel bleu.

Beauté de la Terre

Réparer les frontières

« La Terre n’a pas de frontière », un concept poétique et beau à visualiser. Imaginez, la planète : une seule et même maison, comme elle aurait toujours dû être considérée.

Pour autant, les frontières sont réelles : elles sont dessinées par l’impact des civilisations sur leur environnement. Érosion, déforestation… sont clairement visibles de l’espace.

La prochaine évolution naturelle de nos générations d’êtres humains est de comprendre que la Terre est une Terre spatiale. Nous n’allons pas dans l’Espace, nous sommes déjà dans l’Espace. Mais nous ne l’avons pas apporté dans notre perspective quotidienne. Nous n’avons donc pas conscience des conséquences et des responsabilités que cela engendre pour nos civilisations. La Terre ressemble alors à un uniquement organisme vivant, respirant, fragile.

Du « sol », on n’imagine pas ne plus jamais voir un ciel bleu. Mais dans l’espace, l’atmosphère n’est qu’une fine couche protectrice, épousant à peine la surface. C’est uniquement cette fine couche qui permet à tous les êtres vivants de vivre sur Terre, qui les protège de l’Espace hostile.

C’est ce constat qui rapproche les astronautes, de tous pays, pour les faire travailler ensemble sur un projet commun de station orbitale.

“Dans quelques décennies, nous ne serons plus, mais nos atomes existeront toujours, poursuivant ailleurs l’élaboration du monde.” | Hubert Reeves, astrophysicien.

Des études sur the overview effect ?

En 2012, rien n’existe alors sur ce phénomène, que ce soit dans la littérature scientifique ou religieuse. Mais, dans la littérature ancienne, des chercheurs ont trouvé un concept appelé : Salva Kapa Samadhi, ce qui signifie « tu vois les choses telles que tu les observes avec tes yeux, mais que tu les expérimentes émotionnellement et viscéralement réellement par l’extase et le sentiment de totale unicité, d’interconnexion.

En outre, dans les religions comme le bouddhisme, cette interconnexion est très présente. La notion de réincarnation repose sur le fait que chaque être traverse plusieurs vies. En résulte une tradition de respect profond pour la nature. La vision du Buddha évoque l’interconnexion dans chaque chose, comme on peut l’apprécie dans le romain Siddhartha, d’Herman Hesse. Siddharta, après une longue quête spirituelle, atteint l’illumination : apparaissent alors à son visage des milliers de visages, souvenirs de ses vies antérieures. L’interconnexion est symbolisée par le karma et cette infinie reconversion des êtres, de morts et de renaissance.

« Le visage de son ami Siddhartha disparut à ses regards; mais à sa place il vit d’autres visages, une multitude de visages, des centaines, des milliers; ils passaient comme les ondes d’un fleuve s’évanouissaient, réapparaissaient tous en même temps, se modifiaient, se renouvelaient sans cesse et tous ces visages étaient pourtant Siddhartha. »

 

Qu’on soit sensible ou non à la spiritualité, la notion d’interconnexion est indéniable dans l’effet de surplomb (« The overview effect »). Une prise de conscience à la fois douce et aiguë, qui pourrait peut-être ne pas se cantonner à l’Espace et inonder nos quotidiens… ?