La lecture, l’une des plus belles rencontres avec le monde. Quand l’esprit s’envole, et léger, se dépose sur les émotions d’autres vies, d’autres personnages qui passent devant nous yeux. On apprend et on ressent tant, en lisant. Voici quelques œuvres diverses, et notamment quelques passages, qui m’ont bouleversée de mon enfance à aujourd’hui. Et vous ?

Les Misérables : livre à lire

12 ans : Victor Hugo, Les misérables (1862)

Victor Hugo est juste né avec un don (plusieurs…) : celui de maîtriser une écriture à la fois tranchante, poétique, douce, engagée, fluide… Et de dénoncer avec brio les aberrations de son temps. Les personnages d’Hugo, notamment dans les Misérables, restent gravés dans votre mémoire : qu’il s’agisse de Jean Valjean, de l’inspecteur Javert, de Fantine et sa fille Cosette, ou bien de l’attachant gamin Gavroche…

Parmi les classiques, Les Misérables est un incontournable et illumine l’honnêteté des rejetés de la société (e.g. Valjean bagnard, Fantine forcée à se prostituer pour se nourrir et nourrir sa fille), qui luttent face à la cruauté ou à l’injustice.

13 ans : Philip Pullman, Le miroir d’ambre (2000)

Dernier volet de la trilogie « À la croisée des mondes », le miroir d’ambre est un roman « pour adolescents » mais très profond (comme beaucoup, malgré les préjugés ! ). Dans un univers très mystique, teinté d’aventures qui mènent jusqu’au Royaume des morts, Philip Pullman mêle l’excitation de la quête à l’émotion d’un premier amour : pur, mais qui semble pourtant vieux de plusieurs siècles.

Les 2 scènes qui m’ont bouleversée à 13 ans sont tout d’abord celle de la libération des âmes par Will et Lyra, qui rétablissent le cheminement de la Poussière. Et enfin, la scène finale, où Lyra et Will sont confrontés à un choix cornélien… et qui projette cette histoire au-delà d’un classique roman d’amour.

Philip Pullman a aussi écrit La Magie de Lila dont j’ai un très bon souvenir. Si certains ont lu son nouveau roman « La belle sauvage », n’hésitez pas à me donner votre avis !

Le miroir d'ambre : livre adolescent à lire
La nuit des temps : à lire absolument

15 ans : Barjavel, La nuit des temps (1968)

Ce livre est pour moi un chef d’oeuvre, et il a profondément marqué mon adolescence. Est-ce possible de mieux décrire l’amour absolu que Barjavel ? Pour une grande romantique qui aime autant les sciences que la littérature (ou presque !), c’est la recette parfaite… Dans cette histoire ayant lieu en pleine guerre froide, tout y est : l’excitation d’une mission scientifique au Pôle Nord et ses découvertes. Les conflits politiques et l’idéal d’un consensus autour de questions qui nous dépassent tous. L’amour fusionnel et pré-destiné, ainsi que l’amour contemplatif déçu. La question du progrès et de l’évolution.

Un roman d’une force que l’on n’oublie pas. J’ai essayé de le relire il y a quelques temps, mais je me sentais très émue tant je l’ai mêlé à mes premiers sentiments amoureux, et tant le destin des amants Eléa & Païkan est tragique. Si je devais choisir un passage au hasard, ce serait celui-ci :

Comment auraient-ils pu savoir qu’ils commettaient une erreur tragique, que s’ils avaient choisi, au contraire, de commencer par l’homme tout aurait été différent ?

16 ans : Catherine Clément, Le voyage de Théo (1997)

Ce roman est très riche et émouvant. Il raconte l’histoire de toutes les religions du monde, au travers d’un voyage : celui de Théo et de sa tante. Théo est atteint d’une maladie incurable, sa tante l’emmène alors faire un tour du monde spirituel pour tenter de le guérir. Catherine Clément, écrivaine et philosophe, décrit avec sagesse, minutie et humour les religions du monde.

J’ai adoré ce livre, car il pose un regard neutre sur les religions. Il en montre la beauté et la laideur, sans jugement. Plutôt avec curiosité : celle de Théo, jeune garçon pétillant et intelligent qui questionne tout ! Ce roman est une mine d’or d’informations. Il nous ouvre le cœur aux différentes formes de spiritualité au quatre coins du globe.

Le voyage de Théo
1984 : dystopie à lire

22 ans : George Orwell, 1984 (1949)

1984. Grand claque. Un mélange d’espoir et d’horreur jusqu’aux dernières pages. Ce roman de George Orwell a été publié après-guerre, et se situe à Londres. Le personnage principal Winston est un petit salarié au job « surprenant » : il est chargé de réécrire l’Histoire, au Ministère de la Vérité, pour que celle-ci colle à la version du régime. Ce système totalitaire, appelé Ingsoc, diffuse en permanence des messages de propagande et espionne (sans même s’en cacher) tout individu. Il diminue la faculté d’expression et le savoir de chacun en créant un langage informatif – le novlangue -, et en interdisant l’usage des autres mots. Il garde les citoyens soumis, incapables (et interdits) d’avoir un esprit critique. Sous la surveillance du fameux « Big Brother is watching you ».

Winston rencontre l’amour auprès de Julia, et malgré le risque, ils flirtent avec l’idée d’entrer en résistance pour renverser le Parti. Je ne vous en dis pas plus, mais les derniers chapitres prennent aux tripes… Ils font malheureusement écho aux scènes de torture physiques mais surtout mentales que peut exercer un système totalitaire, jusqu’à l’anéantissement de notre humanité.

25 ans : Robert Merle, La mort est mon métier (1952)

On a tant écrit sur l’holocauste… Mais ici, Robert Merle change de point de vue.

Nous sommes dans la peau, dès l’enfance, du futur commandant du camp d’Auschwitz-Birkenau, père de l’industrialisation de cette machine à tuer. Ce livre, basé sur les entretiens entre Rudolf Franz Ferdinand Höss (officier SS) et le psychologue, nous amène à nous questionner sur le Mal avec un grand M : sur sa nature, son origine et ses motivations. Traité également par la célèbre philosophe et politologue Hannah Arendt, la banalité de ce mal nous explose à la vue dans toute son incohérence et dans toute son atrocité.

Comme les autres œuvres de Robert Merle (Malville, L’île…), cette biographie romancée est merveilleusement bien écrite et bouleversante. Elle nous place plus en observateur impuissant qu’en acteur ou qu’en juge, essentiellement car la narration est à la première personne (nous « sommes » malgré nous Rudolf Höss…).

Dans la même veine, je vous conseille également :

  • Si c'était un homme, de Primo Levi. Un témoignage émouvant et magnifique de l'écrivain, rescapé des camps.
  • Donner un sens à sa vie avec la logothérapie, de Victor Frankl. La quête de sens, la reconstruction et l'analyse de ce psychiatre après avoir passé 3 ans dans les camps.
  • La douleur, de Marguerite Duras. Elle y raconte l'attente puis le retour des camps de Robert Antelme, son mari : devenu un revenant, un aimé et un étranger.
La mort est mon métier : à lire

Bien sûr, cette liste n’est pas exhaustive et sera alimentée avec le temps ! 🙂 Et vous, quels livres vous ont marqué ? Quelles émotions avez-vous ressenti ? Bonne lecture à tous.