22 heures, je suis seule dans le salon. Le plaid sur les genoux comme une petite vieille, il me manque juste mon habituel thé et mon carré de chocolat noir quotidien.

Je pense souvent à vous. A la lumière qui émane de mes pensées, lorsque je pense… à vous.

Cette impression de vous connaître, sans vous avoir jamais parlé. Ce doit être un sentiment que beaucoup rencontrent, j’imagine.

A quoi, à qui s’accrocher en grandissant, en vieillissant, si ce n’est à des personnes comme vous ? J’idéalise, peut-être, mais cela n’a aucune importance. Si l’on respire, c’est pour vivre une grande expérience, et l’expérience de vous lire a fait vibrer mon quotidien de couleurs.

Je n’ai pas de mentor, pas de guide, pas de maître. Autrefois, mes parents tenaient ce rôle. Ils m’ont menée sur la voie qui est la mienne, avec fierté et tendresse. Sûrement comme beaucoup d’autres enfants. Mais quelle solitude de se retrouver adulte, de perdre sa naïveté, et parfois ses guides familiaux… De ne plus savoir le Chemin.

Quand j’ai besoin de prendre le recul nécessaire, j’écris. Mais en ce moment, c’est un peu la panne d’inspiration « créatrice », « objective ». Comment feriez-vous dans ces cas-là ? A saisir votre joie, votre sourire solaire, peut-être que ça ne vous arrivait jamais vraiment ? J’en doute bien sûr, mais je peine à vous imaginer prostré face à une feuille blanche. Là, maintenant, je n’ai pas envie d’écrire pour expliquer. J’ai envie d’écrire pour écrire, pour ressentir.

Alors, j’écris. Et ça ne mène à rien. ça ne mène nul part. Est-ce là que l’on trouve la Voie ?

Le weekend dernier, j’ai passé deux jours hors du temps. Comme une fenêtre sur une autre existence.

Tout d’abord, ce fut une rencontre. Celle d’une femme originale, une femme qui lutte. Qui, sous une cuirasse de mots, vous baigne de tendresse et d’attention. Elle me parle d’échec tenu à distance, d’anges, de soin et de richesse du cœur, et c’est toute son aura émeraude qui m’enlace. Son regard est lumineux et clair : elle a les yeux des guérisseurs.

J’ai l’impression de flotter, entre expérience réelle et irréelle. Entre l’invisible et le visible. Cette dualité que j’apprécie tant.

Puis, le lendemain, arrivée à 9h dans un lieu isolé encerclé de forêts.

Déjà, de petites synchronicités me donnent des frissons : un livre auquel je pense en me levant, et sur lequel je pose les yeux dès mon entrée dans la bibliothèque de la maison. Une plume sur le chemin, apparaît sous mes pas lents, perdue dans le jardin. Une chanson qui me rappelle quelqu’un d’essentiel.

Je frappe à la porte. Des visages chaleureux m’accueillent, me guident vers l’espace de méditation. Je n’ai encore jamais médité plus d’une heure, l’expérience promet d’être intéressante…

Après quelques explications et sourires échangés, le silence tombe. La concentration emplit la pièce, le souffle apaise les esprits. On se connecte, peu à peu, à soi et au monde. Les bols en métal résonnent les uns après les autres. Peu à peu, le son ondule : on ne distingue plus la source, on s’autorise à plonger dans les échos.

Après un repas convivial (et toujours silencieux !) et une marche en pleine conscience, nous repartons nous asseoir et vibrer au son des bols en cristal. En fin de journée, notre « guide » du jour nous réchauffe avec une belle méditation du cœur.

Mais le moment le plus intense… c’est le retour à la parole et la reconnexion à l’Autre. C’est avec une pointe d’appréhension que je me tourne vers ma voisine, d’environ 20 ans mon aîné. On se regarde, d’abord sans rien dire. Les yeux dans les yeux, pendant de longues minutes. La gêne laisse place à autre chose : une tendresse bouleversante. Nos yeux deviennent humides, nos sourires se mêlent. Je ressens une chaleur que je n’avais jamais connue et que je n’arriverai pas à expliquer clairement : l’impression d’être moins seule. Le fait de réaliser que l’on passe si peu de temps à se connecter intensément aux autres nous chamboulent toutes les deux, je crois. Nos instructeurs nous indiquent que la parole peut être peu à peu réintroduite, alors nous nous chuchotons nos impressions. L’instant est passé, mais pas sa douceur.

Je rentre chez moi, et je me sens métamorphosée, riche de quelque chose de nouveau. De difficile à décrire ; mais peut-être que les mots ont aidé. Un feu pulse en moi : celui de l’apaisement et de l’envie de m’accorder plus souvent ce temps précieux. Et surtout, c’est comme une évidence qui s’impose : celle d’être moins exigeante avec moi-même, de n’avoir rien à prouver et d’apprécier mes choix tels qu’ils sont.


Mishako


L'écriture ne m'a jamais quittée. À travers ces textes, mon envie est de partager des points de vue sur des sujets qui nous élèvent et nous font du bien !

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