La phrase tombe. « On est trop différents. » Quoi ? C’est mal ? C’est insupportable, parfois ? Oui. Et non. Vous ne savez parfois plus, ce que vous pouvez accepter ou non. Comment prendre alors du recul, et vivre les différences avec autrui comme un source d’enrichissement plutôt que de disputes ?

Sans prise de recul, différent rime avec affrontement

Qu’elles concernent votre conjoint, un ami, un collègue, votre famille… les différences entre personnes sont finalement assez similaires.

Parfois, un petit geste du quotidien, comme ranger le lave-vaisselle quand il a fini de tourner ou oublier de prévenir l’autre d’un déplacement inattendu, peut tourner à la dispute. Dans votre système de pensée, vous avez RAISON. Et dans le sien, il ou elle a également RAISON. Là, tout devient alors complexe, comme dans toutes relations… Doit-on lâcher du lest ? Se mettre à la place de l’autre ? Et lui/elle, le fait-il aussi ? Bref… un potentiel casse-tête, vrai ?

Votre couple ne doit pas être une arène, où chacun s’affronte pour définir le dominant et le dominé. C’est uniquement en prenant conscience des situations où chacun de vous souhaite prendre le dessus, que vous réussirez à calmer le jeu et avoir une discussion constructive.

Pour cela, quelques faits simples sont à garder en tête :

Non, vous n’avez pas forcément raison, et lui ou elle non plus.

Comment pouvez-vous être persuadé(e) d’être dans le vrai ? Il existe une infinité de nuances de gris ! 😉  Le fait de penser avoir une raison plus légitime que l’autre est l’une des principales sources de conflit dans nos relations. L’attitude bénéfique serait alors d’écouter l’avis de l’autre calmement, puis de donner le sien, sans jugement. Et surtout, de ne pas partir dans les tours et les accusations.

Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.
Citation de Gandhi ; Lettres à l’Ashram (1937)

Des exemples de phrases qui imposent une vision et supposent un jugement :

  • « Tu as tort, les choses ne sont pas ainsi. »
  • « Il n’y a pas de raison de penser comme toi. Personne ne pense ça. »
  • « De toutes façons, toi, tu penses et penseras toujours que… »

C’est comme en management ! Ne dites pas le fameux « tu es toujours », car cela suppose que vous avez fixé une personne dans une attitude. Or, ce n’est que votre perception.

Ex : « De toute façon, tu es toujours pessimiste ! ».

Appuyez-vous sur des faits ponctuels et concrets, plutôt que sur l’accusation et la généralisation.

Exemple : « je trouve que ta réaction est… », « Tout à l’heure, tu as agis ainsi et cela m’a blessé(e) », « Quand je rentre le soir, cela me ferait plaisir que tu fasses… ».

Attaquez-vous ensemble au sujet de la dispute, et non pas l’un à l’autre

Vous êtes un couple. Au-delà de l’attirance et de l’amour, vous êtes donc 2 personnes qui ont choisi de passer une grande partie de leur temps ensemble, de partager, de construire ensemble. Que l’on soit très traditionnel ou plus indécis dans ses relations ne change pas ce basique : vous faites le choix d’investir du temps dans cette « relation », quel que soit son nom. Comme vous faites le choix de passer du temps et d’organiser des moments avec vos amis, de travailler dans cette entreprise plutôt qu’une autre…

Rappelez-vous régulièrement ce choix et cette envie de construire quelque chose au « milieu »  de 2 êtres. Rappelez-le à votre partenaire s’il ou elle s’enflamme, et dites-lui : « Ok, on a un désaccord, il y a un sujet à régler pour que l’on avance. Mettons le sujet sur la table, et trouvons ensemble des solutions« . Comme s’il s’agissait d’un problème extérieur à vous deux.

En fait, le plus constructif dans une dispute, c’est d’imaginer que vous n’êtes plus juge et parti. Imaginez que vous êtes un médiateur : vous n’êtes plus la personne blessée, en colère… c’est-à-dire votre « vous » émotionnel… mais vous êtes un observateur qui essaie de comprendre la situation et les réflexions des 2 protagonistes. Alors, la tension pourra baisser.

Adoptez le temps mort

Plus facile à dire qu’à faire, mais si les choses s’enveniment, stoppez net la discussion et réclamez un temps de pause. En attendant parfois 30 minutes, 1 heure… les esprits se calment, se remettent en question et sont plus collaboratifs.

Une valeur commune : le Voyage.
Une valeur commune : le Voyage.

Vos valeurs communes vous unissent, malgré vos croyances divergentes

Valeurs et croyances semblent similaires mais, dans un certain référentiel, peuvent être distinguées ainsi :

Vous avez construit vos croyances selon votre expérience

Une Croyance induit, en vous, une notion de vérité absolue.

Exemple : « Un fonctionnaire est forcément un fainéant, tout le monde sait ça ! »

Les croyances sont des suppositions personnelles (voire superstitions personnelles), que l’on estime vraies. Elles sont contextuelles et principalement basées sur notre « passif ». Par exemple, vous les avez acquises car vous avez grandi et évolué dans une culture spécifique. Vous les avez acquises suite à vos expériences, dans un environnement qui est propre à votre histoire.

Les croyances s’auto-entretiennent en interprétant les expériences comme des justifications, ou des preuves de leur bien-fondé : elles en viennent à se substituer à la réalité. | Catherine Cudicio, Enseignante en Programmation Neuro-Linguistique, Éditions d’organisation, 2003

Par exemple, si vos parents ne vous ont pas « serré » la vis et vous ont laissé gambader à toute heure du jour et de la nuit, à partir de 10 ans, vous porterez peut-être en vous cette croyance : « J’ai été éduqué(e) sans limites et je pense que c’est la meilleure chose à faire. Pour moi, il faut laisser libre un enfant, sans lui mettre de barrière, et le laisser expérimenter en autonomie. Sans quoi, l’enfant n’arrivera pas à se construire. »

Dans notre référentiel, nos croyances sont bien sûr véridiques, logiques, parfois même incontestables. Quand nous faisons appel à nos croyances pour prendre des décisions, nous assumons que les causes du passé s’appliqueront au futur. C’est là que tout se corse : chaque être humain a ses propres croyances, et vos différences de croyances sont un terrain fertile pour le conflit !

Votre système de valeurs est bien plus grand que vous-même

Vos valeurs induisent, en vous, une notion de moralité.

Exempe : « Je pense que c’est mal de mentir à ses proches » = valeur de Vérité.

Les valeurs, quant à elles, ne se basent pas sur des informations passées mais plutôt sur de grandes aspirations. Elles ne sont pas contextuelles. Les valeurs sont dites universelles. Pourquoi ? Car elles transcendent les contextes et sont basées sur ce qui nous importe, profondément. Elles sont nées de l’expérience d’être en vie, d’être humain. Elles sont liées à notre conception du Bien et du Mal. Par exemple, on peut avoir comme valeur le Respect, car on estime qu’il est « mal » de manquer de respect à autrui.

Si, avec votre partenaire, vos croyances spécifiques sont souvent différentes, vos valeurs communes peuvent largement porter votre couple et suffire à votre épanouissement. Accordez-vous sur vos grandes valeurs (l’amour, la réalisation de soi, le travail, l’altruisme, la liberté…) et poursuivez-les ensemble. Ainsi, les détails n’auront sûrement plus autant d’importance.

Votre valeur commune, ça peut être l'amour des animaux... ;)

Définissez donc vos souplesses et limites en fonction de vos valeurs

Ce qui est bien avec le temps, c’est qu’on sait de plus en plus ce qu’on accepte et ce qu’on n’accepte plus. Quand on est tout jeune adolescent, c’est plus difficile : sans référentiel, on accepte tout, ou rien. Petit à petit, l’expérience forge le caractère et le cadre de nos relations. Ce sont nos valeurs qui viennent construire peu à peu ce cadre.

Par exemple : si pour vous, la Carrière et votre Équilibre pro / perso sont essentiels, choisissez quelqu’un qui cherchera des solutions pour les respecter, avec vous. Si le Respect est essentiel pour vous, n’acceptez pas quelqu’un qui vous insulte (fuyez le : « je plaisantais en te traitant d’abruti(e) ! Je ne le pensais pas sérieusement ! ») ou se permet d’insulter vos proches. Parfois, par amour, on passe outre ou l’on reste aveuglé. Pour bien vivre nos relations, il est important de fixer le cadre rapidement, de l’exprimer et de ne pas toujours tolérer les « dépassements ». Bien sûr, faites de même avec votre partenaire et respectez ses valeurs également !

Cultiver la différence = Cultiver la patience et l'ouverture à l'autre

Dans nos sociétés où tout est en pleine accélération, même en amour :

(source : documentaire Arte : (Trop)pressé à découvrir !)

L’amour, le couple, les amitiés… peuvent en prendre pour leur grade. Pourquoi s’embêter à faire des compromis, se remettre en question, écouter l’autre… quand on peut le zapper et choisir quelqu’un qui nous semble plus similaire ? Cette recherche de l’alter-ego et du zéro frustration nous amène à être finalement infiniment seul(e). Face à nous-mêmes, à nos désirs et à nos frustrations stériles.

Car les frustrations ont du bon, quand elles mènent à la construction et à l’ouverture d’esprit. Comme lorsque vous êtes enfant, et que l’on vous apprend qu’il ne suffit pas de crier pour avoir ce que l’on veut, et que parfois : on n’a tout simplement pas ce que l’on veut. Il faut alors apprendre la patience, le lâcher prise, l’effort, la tolérance… Et c’est tant mieux !

La base des relations humaines est dans le « vivre ensemble », et pour cela un grand mot existe : le compromis. Or, un compromis n’est pas forcément un effort. Pourquoi ne pas l’imaginer plutôt comme un espace pour rencontrer l’Autre ? Pour laisser de la place à chacun, au centre de vos désirs ?

Bien sûr, parfois, c’est difficile de créer cet espace du « milieu ». Je repense à une phrase que m’a dite ma psychologue (un super bout de femme d’ailleurs ! :)) il y a 2 ans :

« Parfois, l’autre est insupportable ».

Oui, c’est vrai. ça fait du bien d’entendre une tierce personne le dire : l’Autre avec un grand A (tous les autres, même), nous semble parfois insupportable. En l’admettant, ça va déjà mieux. Ce n’est pas forcément un mal, en fait… C’est juste un fait. Et bien sûr, nous aussi, nous sommes parfois insupportables à leurs yeux.

Cultiver vos différences
L'un de vous est fan d'art contemporain... L'autre trouve que c'est "l’arnaque".

Être en couple n'est pas une fin en soi

Pour prendre un peu de recul : n’oubliez pas qu’être en couple n’est pas forcément une fin en soi. J’avais du mal à l’admettre avant – grande admiratrice de la passion !!! – mais cultiver son jardin intérieur et sa vie en dehors de son couple est tout aussi important que d’entretenir son couple. En l’admettant, on vit tout simplement mieux les différences. On les accepte, on les observe, on en discute plus facilement.

Là-dessus, le philosophe Socrate donne un avis intéressant. Il explique que le sens de la vie, pour lui, ne se réduit à la qualité de ce qu’il vit avec sa femme. Au-delà de son couple, il aspire à quelque chose de plus grand : atteindre la Sagesse. Pour cela, l’expérience de vivre avec une femme « imparfaitement compatible » avec lui fait partie de son expérience de la vie, et de son chemin vers la Sagesse. Il expérimente ainsi la frustration, la colère, l’indécision, le doute… et apprend à s’en détacher, à lâcher prise. Je ne dis pas bien sûr qu’il faut tout encaisser et tout accepter, mais l’inconfort et la frustration sont inévitables dans toute relation, à un moment ou un autre.

Veillez donc à entretenir vos aspirations personnelles, et à les poursuivre qu’importe votre situation avec les autres.

"On est tellement similaires, c'est la passion entre nous !" Oui, mais...

Parfois, l’absence de différences est aussi un leurre. Vous avez déjà vécu une passion amoureuse ? Celle que décrit l’écrivain et professeur de psychologie Tobie Nathan, dans le cadre des conférences de l’Université permanente (« Est-il possible de rendre l’autre amoureux ?« ).

Celle qui vous rend totalement désintéressé(e) de vous-mêmes. Qui vous rend généreux en permanence avec l’autre (vous l’adorez). Celle qui vous métamorphose (vous avez l’impression de vous être enfin trouvé(e), ou d’être une autre personne). Celle qui vous donne l’impression que, parmi les milliards de personnes sur Terre, c’est ELLE / LUI qui vous était pré-destiné(e).

Cet « état » est merveilleux, car il vous donne un sentiment de pureté absolue. Et vos sentiments le sont : purs, puissants, sincères, désintéressés. Vous avez un but : celui d’aimer et de protéger cette personne. Vous vous sentez gonflé(e) d’enthousiasme, vous vous (re)découvrez des passions et des envies. C’est souvent un état de bonheur intense.

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Du moins… au départ. Car la passion entraîne aussi son lot de désillusions. L’imaginaire absolu que vous vous êtes construit, dès le départ, autour de l’être aimé est parfois terni par la réalité. Car personne n’est parfait. Et surtout, les premiers conflits explosent, confrontant vos attentes et les siennes, mettant en évidence les différences. Vous sembliez pourtant si similaires, quasi identiques. « Faits l’un pour l’autre ».

Vous êtes parfois déçu(e), vous redoublez d’efforts pour satisfaire cet Autre et pour conserver l’état de grâce qu’est votre passion pour lui. Mais plus vous faites d’efforts pour le combler, plus vous perdez vos propres repères. Moins vous prenez de temps pour vous, pour vos amis, pour vos centres d’intérêt.

Voilà pourquoi, in fine, la fusion passionnelle peut nous « tomber » dessus comme un coup de foudre, mais ne doit pas totalement faire disparaître votre personne. Les différences entre 2 êtres sont inévitables et saines : chercher à les gommer n’est que perte de temps. Au contraire, apprendre des différences de l’Autre peut être moteur d’une autre passion, plus ancrée dans le réel et la joie quotidienne.


Vous l’avez compris : l’idée n’est pas de gommer vos différences ou d’être toujours d’accord. Sans être sur la même longueur d’onde sur tout, il faut s’accorder sur l’essentiel, et s’enrichir mutuellement sur le reste. C’est tellement difficile parfois, mais si gratifiant et bénéfique quand on y parvient ! Bien sûr, si vous êtes bien trop malheureux(se) avec votre partenaire, il faut peut-être se poser d’autres questions. Mais pour les divergences quotidiennes, lâcher prise et accepter les différences n’est que bénéfique.


Mishako


L'écriture ne m'a jamais quittée. À travers ces textes, mon envie est de partager des points de vue sur des sujets qui nous élèvent et nous font du bien !

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